Martine Michel : « On peut apporter quelque chose à chacun. Aider, tendre une main. »

Dernière mise à jour : mars 5

Huitième épisode de la série Engage toi en Normandie ! Martine Michel est engagée depuis près de cinq ans auprès des personnes itinérantes de Rouen. À la tête de l’association Action pour les Sans abris de Rouen (ASAR), elle nous partage son expérience, ses ambitions et son engagement vis-à-vis du monde associatif.





Pourquoi est-il important de t'engager dans une association?


Tout ce qui peut être amélioré dans ce qui m’entoure est nécessaire pour moi. J'aime le contact avec les gens et pouvoir les aider. Ça permet de trouver du sens à ma vie car je ne conçois pas de vivre uniquement pour moi. Entre bénévoles, on trouve également que c’est toujours enrichissant de rencontrer d’autres personnes. Vis-à-vis des bénéficiaires c’est important d’être là pour eux, parce que ça peut arriver à tout le monde de se retrouver dans une période difficile. Et j’estime également que j'ai les compétences et les connaissances pour orienter les sans-abris vers des solutions.


Le milieu associatif représente une partie importante de ta vie ?


Oui j'ai un gros parcours associatif, de plus de 30 ans ! J'ai été bénévole au Secours populaire, au Secours catholique, à l'Autobus Samusocial…


Tu t’es engagée chez ASAR depuis sa création ?


Depuis le départ, oui. J'ai commencé par être trésorière lors de sa création (en 2016), puis en 2018 le président est parti vers d'autres horizons et j'ai été élue pour le remplacer.


Pourquoi avoir créé Action pour les Sans abris de Rouen ?


Nous étions une bande d'amis et nous voulions créer une structure pour apporter un plus par rapport à ce que les associations du même type faisaient. Établir un suivi personnalisé pour chaque bénéficiaire, pour les accompagner au mieux. Dans leurs démarches administratives ou pour des besoins vestimentaires, de logement et de nourriture. On a donc commencé par faire des maraudes, pour savoir ce dont les personnes avaient besoin.


D’ailleurs, vous faîtes toujours des maraudes ?


Oui nous en faisons deux par semaine, une le mercredi soir et une le dimanche midi. Elles sont essentielles, surtout celles du dimanche. Car il y a moins de lieux d’accueil ouverts pour les sans-abris que le reste de la semaine. Nous partageons aussi plus de temps avec eux, car elle se déroule pendant la journée, contrairement au mercredi.


Ces moments sont ils fondamentaux ? Pour connaître les personnes et leurs besoins ?


Tout à fait, ça nous permet d'être au plus près d’eux. Petit à petit, un climat de confiance s'installe, ils s'ouvrent à nous, confient des choses qu'ils ne disent pas à d'autres personnes. Ensuite, cela permet de faciliter la résolution de leurs problèmes et d’adapter leurs besoins.


Vous proposez également d’autres services, comme les casiers solidaires.


Effectivement, nous avons installé trois vestiaires solidaires indépendants sur la place de l'hôtel de ville de Rouen. Les personnes y ont accès quand ils le souhaitent, avec ce que j’appelle “une première clé”. Je dis toujours que c'est une première clé avant le logement.

Le vestiaire est attribué gratuitement pour 3 mois. En échange, l’utilisateur doit s’engager à effectuer des démarches sociales, comme prendre contact avec le CCAS ou une association, faire des recherches de logement ou d'emploi. C’est un véritable dispositif d’insertion, cette première clé motive les sans-abris à se mobiliser ! Quatre personnes ont déjà pu accéder à un logement via ce dispositif.


Selon toi, la création de lien entre les associations et les entreprises, c'est important ?


Oui, avec le confinement par exemple, les propositions de bénévolat n'ont fait qu'augmenter, car les gens ont pris conscience de certaines nécessités. Je pense que s’il y avait un dispositif pour trouver de l'aide via les entreprises, chacun dans ses compétences, ce serait très pratique pour les associations. Par exemple, la communication ce n'est pas mon fort, mais si j'avais des conseils de professionnels ou des bénévoles ayant des compétences dans ce secteur cela nous aiderait forcément. Pour nous, c’est important de montrer ce que l'on réalise !


Au delà de créer du lien entre associations et entreprises, aimerais-tu davantage de cohésion dans le milieu associatif ?


Complètement, puisqu'on est tous sur le terrain, on pourrait se compléter au lieu de faire à peu près la même chose. Même si on essaye de se démarquer forcément, mais les bénéficiaires nous demandent les mêmes aides qu'ils peuvent avoir avec d'autres associations. Parfois on se retrouve avec trop de dons collectés, alors qu'il y a peut-être des associations qui en ont pas assez. Ça serait idéal d'avoir une application entre nous pour s'échanger des affaires, avec un système d'alerte.


Comment vois-tu l’évolution d'ASAR ?


Je suis optimiste pour la suite. On est à la recherche d’un gros local. Actuellement on loue un studio, mais on commence à être un peu serré. Avec notre projet de laverie solidaire, un grand local va devenir indispensable. Sinon, on a des projets plein la tête, pour essayer de faire évoluer les gens en les aidant. Le but c'est, encore une fois, de les accompagner individuellement pour qu'ils remontent la pente. Je pense sincèrement qu’on peut apporter quelque chose à chacun. Le message à faire passer est d'aider, tendre une main, pour éviter de sombrer, de se noyer.


Merci encore à Martine Michel de s'être prêtée au jeu de l'interview avec l'équipe Citizens, et encore bravo à elle et à tous les bénévoles d'ASAR qui se mobilisent au quotidien aider pour les sans abris de Rouen.


A très vite sur Citizens !



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